Réda Dalil, l’homme engagé

"Libérons-nous des chaînes du passé et réinventions un Maroc où les obstacles factices et les différences théorisés par l’homme et par le dogme voleront en éclat."


1- Reda Dalil, un parcours riche et particulier, parlez-nous de vous ?

Par où commencer ? Jeune Marocain de la classe moyenne épris de littérature et de télévision, j’ai grandi dans l’atmosphère paisible de la capitale avant de faire, à 12 ans, le grand saut vers Casablanca. Etudes classiques sanctionnées par un Bachelor en Business Administration. Dans le prolongement de ma formation académique, j’ai travaillé quelques années en multinationale avant de me rendre compte que je n’étais pas fais pour ce milieu et de bifurquer complètement vers le journalisme, donc l’écriture. Depuis, c’est le bonheur.

2- De la finance au journalisme, quel constat faite vous de la place des femmes dans ces secteurs d’activité? 

C’est marrant mais j’ai vraiment évolué dans un milieu qu’il soit familial ou professionnel dans lequel la femme avait toute sa place. Respectée, valorisée, forte, elle maîtrise son destin, fait ses choix dans une autonomie totale par rapport à l’homme. Il faut dire que j’ai principalement côtoyé des femmes-cadres ultra-diplômées, souvent plus intelligentes et mieux formées que leurs collègues hommes. Si compétition il y avait, celle-ci s’appuyait sur des critères de performance et de compétence, non pas sur des différences de genres. Mais je mesure à quel point mon parcours est particulier, en tous cas aux antipodes de ce que l’on peut noter dans d’autres milieux, plus défavorisées, ou l’inégalité des sexes fait rage. Les statistiques le démontrent, les plafonds de verre existent et le faible poids de la femme dans la population active est un fléau qui a tendance à s’aggraver avec le temps. Or, en l’absence de volonté politique, en l’absence d’une véritable, consistant à dépoussiérer des lois archaïques, les choses ne sont pas près de changer. Hélas.

3- Si « Le Job », votre roman avait comme personnage principal une femme d’origine arabe, La problématique aurait-elle été différente?

Mes deux romans ont pour personnages principaux des femmes. Dans le Job, il s’agit de la grand-mère de Ghali Habchi. Cette femme traditionnelle, aimante, affectueuse qui s’est usée les yeux à coudre pour financer les études de son petit fils est, sans nul doute, le protagoniste pivot du roman. Dans Best-Seller, l’amie un peu artsy, profondément progressiste de Bachir Bachir, Naj, est un personnage charnière qui détermine fortement l’arc narratif du héros. Souvent, dans mes romans, les femmes ont pris le pouvoir ou sont en passe de la faire. Donc pour répondre à votre question, au delà de la vue de l’esprit, mes personnages phare sont bien des femmes.

4- Que représente pour vous l’engagement des hommes pour les droits des femmes? 

Un engagement essentiel vital, mais un engagement de tous. Il est impensable de réserver ce combat aux femmes seulement. L’enjeu est trop important pour l’essentialiser, en faire une revendication genrée. J’ai consacré un bon nombre de chroniques à la nécessité d’établir une égalité pure et parfaite entre les sexes, notamment en matière d’héritage. Hélas, lorsqu’on constate que le Maroc rejette au conseil des droits de l’homme de Genève tout type de recommandations allant dans le sens d’une plus grande égalité, on mesure à quel point les forces conservatrices sont fermées à tout soupçon d’émancipation. C’est fâcheux mais il faut continuer à mener le combat.L’idéaliste en moi envisage un avenir à la tunisienne pour le Maroc. 

5- « Ah désolé, mais est-ce que je pourrais voir l’un de vos collègues masculins plutôt ? », un commentaire sur ce genre de propos?

Rageant, ulcérant, désolant, mais symptomatique d’une réalité persistante, une réalité d’un autre âge qu’il serait affligeant de transmettre aux générations futures.

6- Si vous aviez un conseil à donner aux hommes pour être des « Houwa_Li_Hiya »? 

Le maître mot est le respect. Respect du désir de l’autre, de son autonomie, de sa liberté. Nul ne devrait dicter sa conduite à autrui. Libérons-nous des chaînes du passé et réinventions un Maroc où les obstacles factices et les différences théorisés par l’homme et par le dogme voleront en éclat.

7- Petit jeu pour finir, Reda Dalil est: 
Ecrivain ou journaliste?

Ecrivain

Le job ou Best-Seller?

Le Job

Doué ou talentueux?

Ni l’un ni l’autre. Passionné et travailleur peut-être.

Moderne ou Beldi? 

Moldi !

Rêve ou volonté?

Un petit chouia des deux.

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